GARDENS OF THE NIGHT

Review from Abus De Cine

by Thierry Tran

Francais:

A San Diego, de nos jours, Leslie Whitehead, petite fille candide de sept ans, se fait kidnapper, sans y prendre garde, par deux hommes, Alex et Frank, qui prétendent travailler pour son père. Elle se retrouve enfermée dans une petite maison avec un jeune garçon noir du même âge, Donnie qui va devenir son compagnon d’infortune. Alex et Franck racontent à Leslie que ses parents ne veulent plus entendre parler d’elle et, morte de honte, elle finit par les croire…

Requiem pour une enfance défunte.

Damian Harris, enfant d’acteur, a tourné par le passé quelques films qui n’ont guère marqué. Il en sera sans doute autrement avec celui-ci, « Gardens of the night », récit d’une enfance volée, narré sur un ton de douceur inaltérable et menaçante. En introduction de ce film, les couleurs pastel vont abonder pour évoquer les banlieues américaines lynchiennes ou burtoniennes, où la propreté des pelouses cache des recoins insoupçonnés d’hypocrisie et de perversité. C’est presque ainsi un univers de conte de fées, dont la princesse serait une petite fille beaucoup trop jolie, la magnifique Ryan Simpkins. Son royaume ne va pas durer trop longtemps puisqu’elle sera très vite prise au piège de deux pédophiles (dont l’excellent Tom Arnold, humain, trop humain, à qui on donnerait le bon Dieu sans confession).

A partir de ce moment-là, l’enfance de Leslie sera définitivement fracturée. Ce qu’illustre le film par des passages lus en voix off du « Livre de la Jungle » et une très belle musique au piano signée Craig Richey. Face à un initiateur sexuel, Leslie apprendra que tout le monde touche autrui et le contact du corps est alors banalisé. Echappant complètement aux travers du voyeurisme, Damian Harris traite ainsi avec beaucoup de délicatesse un sujet extrêmement difficile qui peut rebuter les âmes sensibles. Cependant le film se tient toujours à la bonne distance, au seuil de l’interdit, au croisement de la sauvagerie des pulsions adultes et de l’innocence des pensées enfantines. L’un des signes patents de cette réussite réside dans l’absence absolue de scènes de nudité qui auraient rendu le projet définitivement douteux. Il se contente de suggérer l’horreur, ce qui la fait retentir le plus intensément au plus profond de nous-mêmes. Cette démarche rappelle fortement l’admirable « Mysterious skin » de Gregg Araki, même si ce dernier film demeure plus explicite et fantasmatique.

Lorsque sept ans plus tard, Leslie et Donnie auront échappé à leurs bourreaux moraux, nous les retrouverons de manière déchirante dans la misère, échantillons d’une génération perdue, déchets d’un monde qui leur promettait pourtant tout au départ. Le fait de les avoir suivis dès leur enfance rend le résultat d’autant plus poignant. Malgré cette déchéance où les corps ne s’appartiennent plus, et où les paroles n’expriment plus que la vulgarité de la rue, les gestes de l’amour peuvent néanmoins se réapprendre et l’innocence subsister par-delà les ténèbres. C’est lorsqu’elle sera sur le point de devenir un monstre, à l’instar de ses ravisseurs, en convertissant une pauvre jeune fille à la prostitution, que Leslie aura un sursaut salvateur. En dépit des sordides écorchures du monde réel, la précieuse lumière de l’âme aura ainsi été préservée et c’est cette lumière vacillante, fragile mais constante, qui illumine le film et lui donne tout son prix, à travers le regard obstiné d’une petite fille injustement frappée par le destin.

English:

In present-day San Diego, Leslie Whitehead, aged seven years, is kidnapped, caught off her guard, by two men, Alex and Frank, who claim to work for her father. She finds herself locked up in a small house with a young black boy of the same age, Donnie, who will become her companion in misfortune. Alex and Frank tell Leslie that her parents do not want her any longer, and consumed by fear and shame, she ends up believing them…

Requiem for a lost childhood.

Damian Harris, child of actor Richard Harris, made in the past some films which were hardly noted. It will undoubtedly be different with this one, “Gardens of the night”, an account of a stolen childhood, told on a tone of softness, unchangeable and threatening. In the introduction of this film, the pastel colors will evoke the American suburbs, where the cleanliness of the yards conceal an unknown hypocrisy and perversity. It is almost a fairytale universe, of which the princess would be a beautiful young girl played by the splendid Ryan Simpkins. Her kingdom will not last too a long time since it will very quickly be tarnished by the trap of two paedophiles (Tom Arnold, excels with a performace that is human, too human, to which one would give the good god without confession).

From this moment, the childhood of Leslie will be definitively fractured. The film utilizes voice-over passages read from "The Jungle Book" and very beautiful piano music from Craig Richey. Through vis-a-vis sexual initiation, Leslie learns that the way she is being touched is "normal", that "everyone does this". Escaping this world through voyeurism, Damian Harris thus covers with much delicacy an extremely difficult subject that most audiences may reject. However the film is always in good taste, at the threshold of the interdict, the seamless meshing of brutal adult impulses and innocent child viewpoints. One of the obvious signs of this success resides in the absolute absence of scenes of nudity which would have made the sincerity of the project doubtful. It is satisfactory only to suggest the horror, which makes it resound most intensely with our deepest hearts. This step strongly points out admirable "Mysterious skin" by Gregg Araki, even if the latter film remains more explicit and sensational.

Seven years later, we find Leslie and Donnie have escaped from their captors, but existing in misery, examples of a lost generation, the throwaways of a world which promises children bright happy lives. The fact that we have followed them since their childhood makes the result all the more poignant. In spite of the fact of their mostly lost innocence, and their words only expressing the wisdom of the streets, they attempt to learn about love from each other, and they have just a hint of innocent left in them. It is when Leslie is about to become a monster, following the example of her kidnappers by converting a poor young girl to prostitution, that Leslie will have a new beginning. In spite of the sordid abrasions of the real-world, the invaluable light of the heart will thus have been preserved and it is this light wavering, fragile but constant, which illuminates this film and its expensive lesson gives you a look, through the resilient view of a little girl's wrongful destiny.

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